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Biófilo Panclasta (1879-1942) : Un aventurier anarchiste colombien

« Je viens de partout et de nulle part. Je peux juste dire que je viens du monde. »« Je suis anarchiste, je suis moi. Je n’abandonne pas une religion pour une autre, un sacrifice pour un autre. Je suis un esprit libre, égoïste. Je travaille comme j’en ai envie. Je n’ai d’autre cause que la mienne. »

Influencé par Max Stirner et Friedrich Nietzsche, cet anarchiste individualiste colombien était aussi favorable à l’idée d’anarchisme sociétaire. Écrivain, il est l’auteur de deux livres autobiographiques dans lesquels il relate sa vie d’aventurier et ses très nombreux séjours en prison. Il est aussi l’auteur de nombreux articles de presse et de quelques poésies.

Vicente Lizcano, plus connu sous le nom de Biófilo Panclasta, est né le 26 octobre 1879 à Chinácota, dans le département de Santander. Sa mère était servante au palais épiscopal de Pamplona et son père un vagabond. Ses études se déroulent à Pamplona puis à Bucaramanga. Étudiant à l’École normale de cette ville, il publie un petit journal fait à la main dans lequel il s’oppose à la réélection de Miguel Antonio Caro. Il est alors renvoyé de l’école et c’est à partir de cette date que va commencer sa vie vagabonde.

Attiré par les idéaux du libéralisme, il décide de s’exiler au Venezuela. Dans ce pays, il fonde une école à Capacho Nuevo dans l’État de Táchira. En 1898, il s’engage dans les rangs de la Révolution restauratrice de Cipriano Castro dont il devient le secrétaire particulier. Il essaye alors, sans beaucoup de succès, de rappeler au nouveau dictateur les idéaux politiques, sociaux et culturels du libéralisme.

C’est en 1904 qu’il adopte le pseudonyme de Biófilo Panclasta. « Biófilo » signifie en grec « qui aime la vie » (bios = vivant ; philos = qui aime) et « Panclasta » signifie « brise tout » (pan = tout et klasta = celui qui casse ou détruit).

La même année, il offre ses services à la Colombie alors que les États-Unis venaient d’envahir la région qui deviendra le Panama. Mais, accusé de conspiration, il part pour aider l’Équateur qui projetait à cette époque une guerre contre le Pérou.

En 1906, il découvre l’Argentine et son puissant mouvement anarchiste. Il y rencontre ses militants et écrit dans sa presse. Délégué de la FORA (Fédération ouvrière régionale argentine), il participe au Congrès anarchiste d’Amsterdam (1907). Au même moment, se tenait à La Haye un congrès international pour la paix. Il y aurait apostrophé les participants, leur reprochant de représenter des gouvernements bourgeois qui ne veulent que la guerre.

Il visite à cette époque plusieurs pays d’Europe : France, Espagne, Grande-Bretagne, Suisse, Italie, Belgique et Pays-Bas. « Dès son arrivée à Barcelone,première ville européenne que foulèrent ses pieds vagabonds, l’anarchisme, devenu la profession définitive dePanclasta, commença à lui ouvrir les portes de toutes les prisons » (extrait d’un article de J. A. Osorio Lizarazo paru en 1939 dans le journal El Tiempo). Au cours de ce périple, il aurait rencontré de nombreux révolutionnaires : Pierre Kropotkine, Lénine, E. Armand, Maxime Gorki…

En 1908, le président colombien Rafael Reyes demande son extradition au gouvernement espagnol. Au lieu de débarquer à Puerto Colombia, il arrive au Panama. L’asile politique ne lui est pas accordé et les autorités locales le remettent à celles de Colombie.

Considéré comme un perturbateur de l’ordre public, un journaliste avait même demandé qu’on lui applique la peine de mort. Il passe de prison en prison : Carthagène, Colón au Panama, Barranquilla, Bogotá, Santa Teresa de Cartagena… En 1910, il écrit Datos autobiográficos (Repères autobiographiques) pour le journal El Pueblo.

Il est finalement expulsé de Colombie et passe d’un pays à l’autre : Curaçao, la République Dominicaine… « Voyager, toujours voyager, tel est mon sort, et sur mon chemin rustique, je suis un éternel pèlerin qui cherche seulement la mort désirée. »

Il retourne au Venezuela en 1914. Il y passera sept années en prison où il subira de mauvais traitements. Il avait été arrêté sous le prétexte d’avoir chanté les louanges de la nation française quelques jours avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale. En réalité, son arrestation était l’œuvre de proches du nouveau président Juan Vicente Gómez qui avait renversé Cipriano Castro, l’ami de Biófilo. Ce long séjour en prison sera relaté dans un livre publié en 1932 : Siete años enterrado vivo en una de las mazmorras de Gomezuela: horripilante relato de un resucitado (Sept années enterré vivant dans l’un des cachots du Gomezuela : récit d’un ressuscité, à faire frissonner). « Gomezuela » est une contraction entre le nom du dictateur Gomez et le nom du pays Venezuela.

En 1923, il peut rejoindre Barcelone. En tant que délégué de l’Association anarchiste mexicaine, il participe à un congrès anarchiste. Il y propose l’assassinat simultané de têtes couronnées, de religieux et de présidents de la République à travers le monde.

L’année suivante, on le retrouve à São Paulo où il organise une grève dans les plantations de café. Le gouvernement le déporte au nord du Brésil, dans le village d’Oyapock où se trouvait un camp d’internement pour prisonniers politiques. De nombreux anarchistes brésiliens y ont été internés et soumis aux travaux forcés. Il réussit à s’enfuir et arrive à Cayenne en Guyane française. Pris en charge par la Ligue des droits de l’Homme, il séjourne à la Martinique.

Après avoir traversé 52 pays, il retrouve la Colombie et ses prisons. « Il fut expulsé de Barcelone. Il le fut aussi de Marseille. Il le fut des ports italiens, et de tous les ports de la Méditerranée. Quand on lui demandait son nom et sa profession, il répondait de manière invariable : « Panclasta, anarchiste », il aurait mieux valu à cette époque avoir dit : lépreux » (extrait de l’article de J. A. Osorio Lizarazo cité précédemment).

En 1928, il fonde à Bogotá le Centre d’union et d’action révolutionnaire dont le slogan était « Révolutionnaires de tous bords, unissez-vous ! » Il écrit des articles dans diverses revues du pays et publie un livre de mémoires Mis prisiones, mis destierros y mi vida (Mes prisons, mes exils et ma vie).

En 1934, il rencontre Julia Ruiz, une ancienne nonne reconvertie en voyante anticléricale. Il se consacre avec elle à la divination et à la chiromancie. Désormais, il se contente d’écrire des articles dans la presse et des lettres ouvertes à divers chefs d’États de pays sud-américains.

Il a une fin de vie difficile : sa compagne meurt, il sombre dans l’alcool, il tente de se suicider et meurt dans un asile de vieillards de Pamplona le 1er mars 1942 à soixante-trois ans.

Dans les années 2000, un groupe anarcho-punk argentin lui rendit hommage en prenant le nom de « Biófilo Panclasta ».

Felip Equy

 



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