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L'anarchisme de langue allemande des origines à nos jours

 


Brève introduction, sommaire et point de vue subjectif d'un militant anarchiste non-violent

Max Stirner et l'anarchisme individualiste, John Henry Mackay

Max Stirner (1806-1856) est le père de l'anarchisme individualiste à cause de son célèbre livre Der Einzige und sein Eigentum (L'Unique et sa proprieté)[1] paru en 1844. Max Stirner est le pseudonyme de Johann Caspar Schmidt. Il était enseignant à Berlin. Avant la révolution 1848 il a fréquenté le groupe « Die Freien » (Les Libres) composé de jeunes hégéliens. Stirner a parfois écrit dans le Neue Rheinische Zeitung (Nouveau Journal Rhénan) de Karl Marx. Mais plus tard Marx a attaqué Stirner dans son livre Die deutsche Ideologie (L'Idéologie allemande). La critique marxiste selon laquelle les anarchistes sont des petit bourgeois individualistes vient de cette polémique. Stirner n'a jamais utilisé le mot « anarchiste » et son influence sur les courants libertaires de langue allemande est faible.

John Henry Mackay (1864-1933), d'origine écossaise et allemande, fut un successeur de Stirner à la fin du XIXe siècle. Il était écrivain et fréquentait le cercle des artistes du « Neue Freie Volksbühne » (Nouveau Théatre libre du Peuple). Il y a rencontré Heinrich et Julius Hart, Bruno Wille, Johannes Schlaf, Erich Mühsam, Gustav Landauer et d'autres anarchistes. Son roman le plus populaire était Die Anarchisten (Les Anarchistes) paru en 1891. [2] Les anarchistes individualistes existent toujours et à Berlin il y a une société Mackay qui publie le journal individualiste Espero.

Naissance de l'anarchisme de langue allemande en Suisse orientale, influence de la Fédération Jurassienne

Pendant la Révolution allemande de 1848 il y a eu des libres-penseurs comme Georg Herwegh et Ferdinand Freiligrath. Il y a eu quelques individus comme Wilhelm Marr et d'autres, qui ont utilisé le mot « anarchiste », mais il n'y a pas eu de groupes ou de mouvement anarchiste. Michel Bakounine était sur les barricades en Mai 1849 avec Richard Wagner à Dresde. Bakounine a organisé la défense militaire des révolutionnaires de Dresde, mais tous les deux n'étaient pas encore de vrais anarchistes. [3] Les années 1840 et 1850 ont vu la publication d'environ cinquante livres de Proudhon ou sur Proudhon, mais elles n'ont pas vu l'apparition de militants anarchistes. [4]

On peut fixer la naissance de l'anarchisme de langue allemande en Suisse orientale aprés la scission de l'Association Internationale des Travailleurs. La Féderation jurassienne a publié en 1874 le Social-Demokratisches Bulletin (Bulletin social-démocrate) puis en 1876-1877 le Arbeiterzeitung (Journal des Ouvriers) en langue allemande pour les militants de Suisse occidentale et les militants allemands en exil en Suisse. Le journal était communiste-anarchiste et a défendu la propagande par le fait. Le jeune Kropotkine a écrit avec Paul Brousse, August Reinsdorf et d'autres un statut pour un Anarchistisch-kommunistische Partei deutscher Sprache (Parti anarchiste-communiste de langue allemande). Il ne dura que d'avril à octobre 1877. [5]

August Reinsdorf, la propagande par le fait et la loi antisocialiste

Aprés son retour en Allemagne en avril 1877 à Leipzig, August Reinsdorf (1849-1885) fit de la propagande et reussit à créer quelques groupuscules anarchistes en terre allemande. Il a rencontré l'ancien parlementaire social-démocrate Johann Most (1846-1906) lors de sa visite à Fribourg en Suisse. Most, devenu social-révolutionnaire se réfugia dès 1878 à Londres où il fonda le journal Freiheit (Liberté). Most disait qu'il n'y avait pas eu de libertaires jusqu'à sa rencontre avec Reinsdorf en 1880. [6] Reinsdorf écrivait des articles pour Freiheit, qui est devenu anarchiste en 1881. Dans les années 1880, les anarchistes ont eu une cinquantaine de groupes représentant 200 à 300 militants. En 1883, ils pouvaient distribuer environ 4500 exemplaires de Freiheit dans l'Allemagne impériale. Le journal était alors édité à Londres. Son siège fut transféré à New York en 1882. Pour la distribution, des passeurs comme Johann Neve ont expédié le jounal sur la frontière. En Allemagne il y a eu des groupes clandestins de cinq personnes d'après le modèle de Babeuf. [7]

Contre la repression de Bismarck dans l'Allemagne impériale, le parti social-démocrate a réagi de manière opportuniste. Pour critiquer ce légalisme il y eut le courant des sociaux-révolutionnaires. Le 11 mai 1878, Max Hödel tira sur l'empereur Guillaume Ier mais il ne réussit pas à l'atteindre. Hödel connaissait des anarchistes, mais il ne l'était pas lui-même. Le 2 juin 1878, Dr. K. Nobiling tira sur l'empereur et le blessa grièvement. Nobiling n'avait aucun lien avec les courants politiques ; il n'était ni libertaire ni social-démocrate. Mais le chancelier Bismarck a profité des attentats pour édicter des lois anti-socialistes entre 1878 et 1890. Il y eut beaucoup d'arrestations. A Francfort 44 personnes furent arrêtées, 15 furent condamnées d'un à trois ans de prison ferme. Pendant le procès, s'illustra un commissaire de police particulièrement répressif, Rumpf. Le 13 janvier 1885, Julius Lieske, venu de Genève, attaqua Rumpf à coups de couteau. Rumpf décéda et Lieske fut décapité le 17 novembre 1885.

Contre la repression de l'empereur, August Reinsdorf avait prévu un attentat contre lui lorsqu'il inaugurerait le mémorial de Niederwald à Rüdesheim-sur-le-Rhin au mois de septembre 1883. Reinsdorf étant malade, deux de ses amis se chargèrent de faire éclater la bombe mais ce fut un échec car le cordeau était mouillé. Furieux, ils jetèrent alors la bombe dans un restaurant. Reinsdorf et Küchler furent décapités le 7 février 1885. Ce furent les actes de la propagande par le fait en Allemagne. [8]

Le Groupe de Londres, Josef Peukert ; Johann Most et la « Freiheit » à Londres et à New York

Josef Peukert (1855-1910) et Johann Most ont participé au congrès de l'Association Internationale des Travailleurs à Londres en 1881. Josef Peukert était d'origine autrichienne, il a diffusé Freiheit en Autriche et a fondé des groupes à Vienne et Linz. Son influence sur le mouvement libertaire en Autriche fut importante.

Le départ de Most pour New York a rendu la diffusion de Freiheit en Allemagne plus difficile. Peukert a critiqué Most pour avoir déplacé Freiheit à New York. Peukert ne considérait pas Most comme anarchiste. Il pensait que Most resterait toujours social-revolutionnaire, c'est à dire trop proche de la social-démocratie. Peukert a fondé en 1884 le journal Rebell (Rebelle) et plus tard le groupe « Autonomie » ainsi que le journal Autonomie (L'Autonomie), qui fut le journal introduit clandestinement le plus important en Allemagne jusqu'à sa disparition en 1893. Peukert fut critiqué par le fraction Most, car il avait rendu visite à Johann Neve en Belgique en 1887 accompagné d'un indicateur de police. Neve fut arrêté et condamné à 15 ans de prison ferme. [9]

Johann Most resta à New York et fit la connaissance d'Emma Goldman. Il a diffusé Freiheit parmi les exilés allemands aux Etats-Unis.

Haymarket 1886 et les anarchistes de langue allemande de Chicago ; August Spies et la « Arbeiter-Zeitung »

Beaucoup de pauvres, qui venaient d'Allemagne orientale au XIXème siècle, ainsi que de nombreux persécutés politiques ont émigré aux Etats-Unis. Entre 1886 et 1872 ils ont été 500 000. Beaucoup d'Allemands exilés aux Etats-Unis se sont installés à Chicago pour travailler dans l'industrie de la viande, dans l'agroalimentaire ou l'industrie du bois. Des quartiers entiers étaient peuplés d'Allemands. Vivant dans des conditions lamentables, ils sont souvent devenus libertaires. On peut dire que le plus gros mouvement libertaire de langue allemande au XIXème siècle se trouvait aux Etats-Unis parmi les immigrés allemands. Ils ont participé au mouvement ouvrier qui a été impliqué dans les évenements de Haymarket à Chicago en 1886. Beaucoup d'anarchistes qui ont été condamnés pour la bombe, qu'ils n'avaient pas jetée, ont été des anarchistes de langue allemande. Georg Engel, Adolph Fischer, Louis Lingg, August Spies ont été condamnés à la peine de mort par pendaison, Oskar Neebe et Michael Schwab ont été condamnés à de longues peines de prison. En particulier August Spies (1855-1887), qui venait d'un village de Hesse, était très populaire comme militant ouvrier dans le mouvement pour la journée de travail de huit heures. Spies a rédigé le quotidien Chicagoer Arbeiter-Zeitung (Journal des ouvriers de Chicago) avec un tirage de 5800 exemplaires en 1886. Il a participé à d'autres publications libertaires de langue allemande. [10]

Les « Jeunes » sociaux-démocrates et leur séparation avec le parti (Rudolf Rocker, Gustav Landauer et « Der Sozialist »)

Pendant ce temps à l'intérieur de l'Allemagne de jeunes membres du Parti social-démocrate étaient mécontents de la stratégie légaliste et réformiste du parti. Leurs critiques étaient tournées en ridicule par Wilhelm Liebknecht et Friedrich Engels. Ils les appelaient « Die Jungen » (Les Jeunes). Les jeunes ont quitté le parti et fondé la Verein unabhängiger Sozialisten (Association des socialistes indépendants) . Parmi les « jeunes » se trouvaient Gustav Landauer (1870-1919) et Rudolf Rocker (1873-1958), les intellectuels les plus importants du mouvement libertaire de langue allemande. Les jeunes ont publié le journal Der Sozialist (Le Socialiste) à partir de 1891, qui fut anti-parlamentaire, mais toujours marxiste. Le journal fut rédigé dès 1893 par Gustav Landauer et a changé son sous-titre en « organe pour l'anarchisme-socialisme », avec une tendance libertaire jusqu'en 1899. Landauer était influencé par Proudhon qu'il a traduit en allemand. Sa deuxième épouse était Hedwig Lachmann, traductrice entre autres d'Oscar Wilde et auteur de poèmes lyriques symbolistes. En 1908, Gustav Landauer a fondé avec Erich Mühsam (1878-1934) et Martin Buber (1878-1965) une organisation intitulée Sozialistischer Bund (Fédération socialiste) . Landauer a écrit des tracts et des ouvrages littéraires, culturels et politiques. Les oeuvres les plus importantes de Landauer ont été Revolution (Révolution) (1907) et Aufruf zum Sozialismus (Appel au socialisme) (1911). Dans Revolution, il expose les théories d'Étienne de le Boétie sur la pyramide de pouvoir et la puissance du refus d'obeissance. Il avait découvert Le Discours de la servitude volontaire de La Boétie en lisant les textes de l'anarchiste russe Léon Tolsoï. Dans Aufruf zum Sozialismus il décrit le moyen de réaliser la révolution. Il faut d'abord s'écarter de la société ordinaire, puis connaître la solitude, puis s'associer avec des copains qui ont la même aspiration. Economiquement il a fait de la propagande pour les coopératives et la fondation de colonies dans des villages à la campagne comme solution à la situation lamentable des ouvriers dans les cités capitalistes et industrielles. C'était un peu anti-industriel, mais Landauer a quand même fortement influencé Martin Buber et d'autres protagonistes du mouvement des kibboutz en Palestine ainsi que les mouvements alternatifs des années 1970. En Allemagne, il a aussi publié le journal Der Sozialist entre 1909 et 1915 avec un tirage de 2000 à 4000 exemplaires. Son organisation, la Fédération Socialiste avait environ 20 groupes, dont une colonie de végétariens « Eden » à Oranienburg près de Berlin.Chaque groupe se composait de 15 à 20 membres. Mais l'organisation dépendait de Landauer qui en était l'élément principal. En Suisse il y a eu des contacts avec Margarete Faas-Hardegger, qui a écrit dans le Sozialist, et en Autriche il y a eu des contacts avec Pierre Ramus. [11]

Quant à Rudolf Rocker, il a écrit un très grand nombre de livres, par exemple sur Max Nettlau, le grand historicien de l'anarchisme. Mais avant-guerre, il a fui l'Allemagne pour retrouver le milieu juif et libertaire de Paris et de Londres. A Londres il a organisé les juifs de l'East-End, des ouvriers à domicile et des tisseurs. On retrouve Rocker en Allemagne après la première Guerre mondiale. [12]

La « Fédération des Anarchistes de l'Allemagne » AFD (Rudolf Lange, Paul Frauböse)

Les militants anarchistes qui lisaient L'Autonomie dans les années 1880, ont émis des réserves sur le fait de s'associer avec les jeunes socialistes. Ils les trouvaient trop marxistes. Ils ont essayé au début du journal Der Sozialist de s'associer, mais ils ont trouvé Landauer trop dominant et trop intellectuel pour des ouvriers. Ils trouvaient aussi son discours en faveur des coopératives trop réformiste. C'est pour cette raison qu'ils ont quitté le Sozialist et fondé le journal Neues Leben (Nouvelle vie), puis Der freie Arbeiter (L'Ouvrier libre). Ils étaient anarchistes-communistes. En 1901, ils ont fondé une organisation, Anarchistische Föderation Deutschlands, AFD (Fédération anarchiste allemande). Il y a eu environ 40 groupes, représentant de 400 à 500 personnes. Mais il y eut des scissions : en 1903 les adhérents qui continuaient à publier Freiheit de Most ont fondé le journal Anarchist (L'Anarchiste), rédigé par Rudolf Lange. Ce journal eut une vie brève. Paul Frauböse a essayé de critiquer un groupe de Berlin qui rédigeait le journal Der freie Arbeiter et qui ne se préoccupait pas des aspirations des groupes des autres villes et des autres provinces. En 1905 Frauböse a fondé le journal Der Revolutionär (Le Revolutionnaire) qui était le véritable journal de la Fédération avec un tirage de 2000 exemplaires. Ce fut un échec et Frauböse changea de camp en s'affilliant à la Fédération socialiste de Landauer. Der freie Arbeiter sortit gagnant de la querelle des journaux, avec un tirage de 5000 exemplaires environ à son apogée en 1910. Rudolf Lange s'occupait de l'organisation ; il prépara un statut avec des membres officiels, l'autonomie des groupes et une commission de gestion, qui fut acceptée en 1910. Mais cela n'entraîna pas un dévéloppement de l'organisation, et malgré des conférences regionales, l'AFD fut critiquée par Landauer et beaucoup d'autres comme bureaucratique, incapable de mener des actions, comme tentative de créer un nouveau parti anarchiste à l'image du Parti social-démocrate. Ils ne furent pas capables de résister à la Guerre mondiale et ils n'ont pas essayé de faire un front commun avec les anarcho-syndicalistes. Pendant la Rébublique de Weimar entre les deux guerres mondiales, l'AFD se transforma en Föderation Kommunistischer Anarchisten Deutschlands (Fédération des anarchistes communistes d'allemagne). Par rapport à l'organisation des anarcho-syndicalistes, elle n'eut pas un grand développement (500 membres en 1923) et resta moins importante qu'avant-guerre. [13]

Le cercle de Friedrichshagen, les naturalistes libertaires, le cercle Weber et la naissance de l'anarchisme non-violent

La naissance de l'anarchisme non-violent en Allemagne est associée à la lecture des écrits sociaux et éthiques de Léon Tolstoï des années 1880 jusqu'à la première Guerre mondiale. On voit apparaître de nouveaux écrivains, les naturalistes comme Paul Ernst, les frères Heinrich et Julius Hart, Senna Hoy, Bruno Wille, Arno Holz, Gustav Landauer. Ils ont fondé à Berlin le « Friedrichshagener Kreis » (Cercle de Friedrichshagen) en 1889 et le premier théâtre ouvrier, le « Neue Freie Volksbühne » (Nouveau théâtre libre du peuple) en 1892. C'était un mélange de bohème anarchiste avec des artistes, des écrivains et des libertaires individualistes. Leur journal Freie Bühne (Théâtre libre) a interprété les écrits de Tolstoï pour la premier fois considéré comme anarchiste non-violent. Les naturalistes libertaires étaient influencés par Hendrik Ibsen (drames), Emile Zola (romans) et Léon Tolstoï (romans et écrits sociaux et éthiques). Ils ont été les adversaires de Michael Georg Conrad et des naturalistes nationalistes.

Dans la première décennie il y a eu beaucoup d'autres journaux libertaires, naturalistes et expressionnistes comme Der arme Teufel (Le Pauvre diable) en 1902 et 1903 et Kain (à partir de 1911) réalisé par Erich Mühsam (1878-1934), Der freie Arbeiter (L'Ouvrier libre) de l'AFD, Die Fackel (La flambeau) de Karl Kraus à Vienne, Die Aktion (L'Action) de Franz Pfemfert (dès 1911), Der Kampf (La Lutte) de Senna Hoy (1904-1905), Der Sozialist (Le Socialiste) de Gustav Landauer, Wohlstand für alle (Prospérité pour tous) de Pierre Ramus de Vienne. Tous ces journaux ont fait des analyses des écrits de Tolstoï. Il y a eu des tolstoïens allemands comme Moritz von Egidy ou Eugen Heinrich Schmitt. D'autre part, c'était l'époque où l'on passait ses vacances à Monte Verita à Ascona en Italie, dans une colonie végétarienne et alternative, où il y avait beaucoup d'anarchistes non-violents.

A Heidelberg se trouvait le cercle du sociologue Max Weber qui n'était pas libertaire, mais qui a discuté ses thèses avec des étudiants libertaires de Russie comme Isaak Steinberg, avec le sociologue syndicaliste Robert Michels, ou même pendant la première Guerre mondiale avec l'étudiant Ernst Toller (1893-1938). Weber a établi une différence entre l'éthique de responsabilité et l'éthique de conviction. Il a présenté Tolstoï comme modèle de l'éthique de conviction. Isaak Steinberg est devenu social-révolutionnaire de gauche pendant la Révolution russe de 1917 ; il fut conseiller juridique dans la premier gouvernement des bolcheviks et des sociaux-révolutionnaires de gauche jusqu'en janvier 1918. Il se réfugia à Berlin après le rétablissement de la peine de mort en Russie soviétique. Il y retrouva Emma Goldman, Rudolf Rocker et des anarchistes russes en exil. Isaak Steinberg à publié l'une des plus impressionantes critiques libertaires de la révolution bolchevique, Gewalt und Terror in der Revolution (Violence et terreur dans la révolution) , écrit en 1920-1923, publié en 1931 à Berlin. Dans ce livre il présente la violence et la non-violence comme une aporie philosophique : avec la violence révolutionnaire on ne peut abolir le pouvoir, sans violence révolutionnaire on ne peut faire tomber le pouvoir établi effectivement. Ernst Toller était convaincu d'être anarchiste non-violent avant la République des Conseils de la Bavière en avril 1919. Il a été l'un des commandants de l'Armée rouge de Bavière. Contrairement aux positions des communistes, il a tenté de négocier une trève dès qu'il s'est aperçu que la bataille ne pouvait plus être gagnée. Pendant les années 1920 Toller a écrit de remarquables pièces de théâtres comme Hinkemann (L'Homme boiteux), qui ont été les drames les plus populaires de la République de Weimar et qui illustrent tous cette aporie philosophique entre non-violence et violence révolutionnaire. [14]

L'expressionisme de l'avant-guerre (Erich Mühsam), le dadaïsme à Zurich et à Berlin

Erich Mühsam, le poète anarchiste antimilitariste, a participé à la naissance de journaux expressionistes tels que Die Aktion de Franz Pfemfert à Berlin et Simplicissimus à Munich. Dans cette ville, Mühsam faisait partie de la scène bohème expressionniste ou l'on trouvait Franz Jung, la poète Else Lasker-Schüler, l'auteur dramatique Berta Lask et beaucoup d'autres artistes et écrivains. Mühsam était le poète le plus populaire dans le mouvement libertaire d'après guerre.

Mais l'expressionnisme, avec quelques protagonistes comme Richard Dehmel, s'est engagé en faveur de la Guerre mondiale. Comme le futurisme italien, l'art progressiste est devenu soudain nationaliste en souhaitant un bouleversement complet de la société décadente d'avant-guerre.

Ce fut le dadaïsme qui a sauvé l'art progressiste en critiquant toutes les formes de l'art d'avant-guerre. La naissance du dadaïsme a eu lieu à Zurich au Cabaret Voltaire avec des exilés comme Réné Schickele, Tristan Tzara, Hugo Ball, Emmy Jennings, Richard Huelsenbeck et bien d'autres. On a dit que le dadaïsme fut exporté de Zurich à Berlin avec le retour de Richard Huelsenbeck à Berlin début 1917. Mais en 1915 il y avait déjà le journal Freie Straße (Rue libre) de Franz Jung, Georg Schrimpf et Otto Groß qui a cherché à créer des liens entre la psychanalyse progressiste et le mouvement libertaire. Il y a eu aussi en 1916, la naissance du journal Neue Jugend (Jeunesse nouvelle) avec Wieland Herzfelde, John Hartfield et le remarquable dessinateur George Grosz. En 1917, ils ont fondé la maison d'édition Malik. Après la guerre on vu l'apparition de journaux comme Die Pleite (La Culbute), de soirées dada ainsi que l'exposition internationale dada en 1920. Les dadaïstes les plus populaires furent Raoul Hausmann, Hans Arp, Hanna Höch, Kurt Schwitters, Johannes Baader. Les frères Herzfelde-Heartfield et leur maison d'édition Malik se rapprochèrent du Parti communiste pendant la république de Weimar. [15]

La révolution 1918-1919 et la « République des Conseils » de Bavière, 7-30 avril 1919

Les grandes grèves au début 1918, les mutineries, les désertions et les manifestations de masse pour la paix voulaient en finir avec le vieux système aristocratique en Allemagne et en Autriche-Hongrie. A Kiel, les marins mutinés durent tirer quelques coups de feu contre les officiers réactionnaires avant d'occuper la ville de Kiel le 4 novembre 1918. A Munich, le socialiste indépendant Kurt Eisner (1867-1919), Erich Mühsam, Oskar Maria Graf et d'autres partirent de la Theresienwiese et firent le tour des garnisons. Tous les soldats fraternisaient et le régime du prince des Wittelsbacher tomba sans coups de feu ni effusion de sang le 7 novembre 1918 ; il se passa la même chose à Berlin le 9 novembre 1918 avec l'empereur Guillaume II, dernier représentant des Hohenzollern. Mais il y eut des differences entre Munich et Berlin. Dans cette ville, les sociaux-démocrates orthodoxes, dit majoritaires, Ebert, Scheidemann et Noske firent un front commun avec d'anciens officiers de la Reichswehr comme le général Groener et les corps francs politiquement à droite. Ils s'opposèrent au mouvement des conseils des « hommes de confiance » des grandes entreprises de Berlin, appelés Die revolutionären Obleute (Délégués révolutionnaires d'entreprises).

Plus tard en janvier, les sociaux-démocrates écrasèrent l'insurrection spartakiste du nouveau Parti communiste allemand (avec le meurtre de Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht). A Munich, au contraire, le nouveau président bavarois, Kurt Eisner, essayait de concilier conseils révolutionnaires et système parlementaire. Ainsi se constitua une sorte de double pouvoir en Bavière. [16]

Quand Eisner fut tué en février 1919 par l'extrême droite, la Bavière a vécu une phase de radicalisation. Des nouvelles recherches montrent, que le mouvement des conseils n'était pas confiné à Munich et dans les grandes villes de Bavière. C'était un mouvement vraiment bien implanté partout, même dans les campagnes et les villages, en particulier dans les semaines qui précédèrent la première République des Conseils. On a pu voir des conseils de paysans, d'ouvriers, de soldats et d'intellectuels. On a salué la nouvelle République des Conseils de Bela Kun et Georg Lukács en Hongrie. Les sociaux-démocrates majoritaires acceptèrent de siéger au conseil éxécutif, fréquenté par des libertaires comme Gustav Landauer, Kurt Sontheimer, Erich Mühsam, Ret Marut, Ernst Toller. Mais ils s'enfuirent ensuite pour installer un gouvernement contre-révolutionnaire à Bamberg et demander à Berlin l'aide des troupes de la Reichswehr. Mühsam a essayé de convaincre les nouveaux responsables communistes comme Eugene Leviné de participer au mouvement mais ils refusèrent en se déclarant neutres envers une république d'artistes et d'écrivains. A la suite d'une grève générale à Augsburg, ville proche de Munich, la première République des Conseils fut déclarée. Elle dura du 7 au 14 avril et était dite anarchiste. Il n'y eut pas d'effusion de sang au début. Aucune force réactionnaire ne fut capable de s'opposer à cette déclaration. Mais les sociaux-démocrates et la Reichswehr firent une tentative de coup d'Etat le dimanche 13 avril à la gare de Munich. Il fut mis en échec par des ouvriers armés spontanément et d'autres qui désarmèrent les soldats et les policiers de Munich qui essayaient d'aider les putschistes. A la suite à ces événements, Mühsam fut fait prisonnier (cela lui a probablement sauvé la vie). Le Parti communiste changea d'avis et se déclara prêt à organiser une armée. Il proclama une deuxième République des Conseils, dite communiste. Les militants anarchistes étaient partagés : Landauer ne soutint pas la deuxième République, tandis qu'Ernst Toller devint le chef de l'Armée rouge. Il était favorable à des négociations alors que les communistes voulaient se battre jusqu'au bout, désirant créer des martyrs du mouvement ouvrier. La répression des forces réactionnaires après leur victoire début mai fut extrêmement violente, avec des massacres faisant des milliers de morts. Gustav Landauer fut battu à mort. Mais Ret Marut, qui s'occupait de la presse révolutionnaire et qui fit publier une revue anti-guerre pendant la guerre, Der Ziegelbrenner (Le Fondeur de briques) a réussi à fuir jusqu'à Mexique. Là, il a pris le nom de B. Traven et a écrit de nombreux romans sur sa vie aventureuse et les Indiens du Mexique. [17]

Les localistes et la naissance de la FAUD 1919, la grève générale mars 1920 et l'Armée rouge de la Ruhr

1897 voit la fondation de la Freien Vereinigung deutscher Gewerkschaften (FVDG, Association libre des syndicats allemands). Jusqu'en 1904 et la propagande pour la grève générale de Raphael Friedeberg, cette opposition aux syndicats officiels sociaux-démocrates s'appellait Lokalisten (Localistes) car elle revendiquait l'autonomie des syndicats locaux. Cette organisation eut 20 000 membres avant-guerre et ce fut la seule organisation allemande qui s'opposa à la guerre. Ce fut pour cette raison que son journal Die Einheit (L'Unité) fut interdit. Les Localistes ont participé aux mouvements de grèves revolutionnaires au début de 1918 et en mars 1919. Leur présence était importante chez les métallurgistes et les mineurs des régions industrielles de Rhénanie-Westphalie et de la Ruhr où ils étaient plus de 60 000 à la fin de 1919.

Avec le retour de Rudolf Rocker en Allemagne après la guerre est fondée la Freie Arbeiter Union Deutschlands (FAUD, Union libre des ouvriers allemands) les 27-30 décembre 1919. Les délégués représentaient 111 675 membres. En 1920-1921 la FAUD était à son apogée avec environ 150 000 militants répartis dans 450 groupes. Une commission de gestion fut élue à Berlin. Il y eut un journal quotidien puis hebdomadaire, Der Syndikalist (Le Syndicaliste) qui tira jusqu'à 120 000 exemplaires. En 1921 fut fondé un journal régional dans la Ruhr, Die Schöpfung (La Création).

Le problème de l'anarcho-syndicalisme allemand par rapport à d'autres pays était le manque de culture libertaire. Une grande partie des militants ne voyait pas la différence entre les partis communistes et l'anarchisme. C'est ainsi qu'il y a eu souvent des doubles appartenances, en particulier en Rhénanie et dans la Ruhr. Il y eut dès le début des tendances proches du Parti communiste ou du Parti social-démocrate indépendant. Une tendance comme Gelsenkirchen voulait coopérer avec les Unionistes (150 000 militants à cette époque). Il s'agissait d'un syndicat communiste opposé à la dictature du Parti communiste sur les syndicats. Leurs militants ont plus tard soutenu la fondation par les communistes-gauchistes du Kommunistische Arbeiterpartei Deutschlands (KAPD, Parti ouvrier communiste allemand) en avril 1920. [18]

Manquant de culture et de traditions libertaires, la FAUD n'était pas capable de propager une stratégie cohérente pour les luttes à venir. Quant à la résistance au coup d'Etat des monarchistes, fascistes et réactionnaires de Kapp-Lüttwitz les 12-17 mars 1920 à Berlin, la FAUD a lancé dès décembre 1918 un appel à participer à une grève générale. En mars 1919, la grève générale fut très suivie, même par les grands syndicats sociaux-démocrates qui la refusaient auparavant. Mais contrairement aux syndicats de la FAUD de Berlin ou des syndicats libertaires des zones industrielles de Thuringe, les syndicats de la FAUD de Rhénanie et de la Ruhr voulaient prolonger la grève par l'insurrection armée. Entre 50 000 et 80 000 militants, dont la moitié étaient des anarcho-syndicalistes, créerent la « Rote Ruhr-Armee » (L'Armée rouge de la Ruhr). L'insurrection armée fut écrasée début avril 1920 par la Wehrmacht et les corps francs réactionnaires, faisant des milliers de morts. Ce fut une catastrophe pour l'anarcho-syndicalisme allemand. Les effectifs baissent jusqu'à 25 000 membres en 1925 puis 4000 à 5000 en 1932. La FAUD a perdu sa capacité à déclencher et conduire des grèves de masse.

Après les événements, l'un des grands débats parmi les militants de la FAUD fut l'utilisation des armes par les opprimés. Après la guerre, le courant des libertaires non-violents était très fort. Il y eut une campagne pour la destruction des armes. Pendant une conférence réunissant des ouvriers des entreprises d'armement en mars 1919 à Erfurt, Rudolf Rocker a lancé un appel « A bas les armes, a bas les marteaux ! ». Cet antimilitarisme ouvrier fut approuvé par 300 délégués. Le courant non-violent dans les rangs de la FAUD a critiqué la formation de l'Armée rouge de la Ruhr. Des militants comme Rudolf Rocker (pas tout à fait non-violent, mais opposé à l'Armée de la Ruhr), Augustin Souchy, Pierre Ramus, Robert Buth, Fritz Oerter, Franz Barwich, Fritz Köster et bien d'autres ont revendiqué le fait de s'emparer des armes de l'ennemi et de les détruire. Ils préconisaient la grève générale plutôt que la lutte armée. Celle-ci était considérée comme un moyen de prendre le pouvoir (même communiste), celle-là avait pour but de le détruire. De nouvelles recherches sur l'Armée rouge de la Ruhr montrent, que pendant les quatre semaines de combats, il y a eu un changement dans le postes de commandement. Les conseils et milices étaient au début partagés entre socialistes indépendants, communistes, communistes-gauchistes (dit unionistes) et anarcho-syndicalistes, mais à la fin du combat presque tous les postes de commandement étaient tenus par les communistes-gauchistes. Ils ne voulaient pas négocier une trêve pouvant sauver les militants et les organisations syndicales. Après la défaite, des milliers de militants, qui n'avaient pas été tués, ont dû fuir. D'autres ont changé d'affiliation, soit pour le Parti communiste, soit pour les communistes-gauchistes. Les anarcho-syndicalistes ont surnommé les communistes-gauchistes « communistes de carabine » en les accusant de privilégier la stratégie de la lutte armée. Au congrès de la FAUD en 1921 à Düsseldorf, il fut décidé que la double appartenance n'était plus possible. Des militants unionistes comme Franz Jung partirent pour le KAPD, puis la Russie soviètique, d'autres comme Otto Rühle (1874-1943) sont devenus de plus en plus proches des libertaires et ont écrit plus tard des thèses sur le communisme considéré comme fascisme rouge. Pierre Ramus (1882-1942) était le plus radical des militants non-violents, il était trés populaire parmi les ouvriers allemands et surnommé « Dr. Unblutig » (M. Non-Sanglant). Il a publié a Vienne le journal Erkenntnis und Befreiung (Connaissance et libération) de tendance anarchiste non-violente. Fuyant les nazis, il meurt dans un navire en route pour le Mexique en 1942. [19]

La Fédération syndicaliste des femmes, la « Schaffende Frau », Milly Witkop-Rocker, Helene Stöcker

La FAUD des années 1920 fut le seul mouvement libertaire de masse de l'histoire allemande. Ce n'était pas seulement un syndicat, mais aussi un mouvement culturel avec des groupes de chanteurs et chanteuses, des projets de colonies communautaires, des groupes d'enfants, une organisation « Syndikalistisch-Anarchistische Jugend Deutschland » (Jeunesse syndicaliste-anarchiste allemand) qui compta jusqu'à 3000 membres (influencée fortement par Ernst Friedrich), un service de rééditions et de distribution de livres, la « Gilde freiheitlicher Bücherfreunde » (Guilde libre des amis du livre) et bien d'autres. [20]

Une organisation significative de la FAUD fut le « Syndikalistischer Frauenbund » (Fédération des femmes syndicalistes) qui eut jusqu'à 1000 membres dans 20 groupes, la plupart femmes de ménage et mères de famille, mais aussi quelques ouvrières. Milly Witkop-Rocker a fondé cette organisation. Elle avait été influencée par les drames feministes de Hendrik Ibsen et elle a lutté contre l'image de la femme comme pondeuse d'enfants. Les femmes eurent souvent du mal à propager leurs revendications dans les rangs de la FAUD. Milly Witkop-Rocker a considéré l'obtention du droit de vote pour les femmes comme un détournement de la lutte pour les droits essentiels. Les principales militantes ont été Martha Steinitz, Franziska Krische, Aimé Köster, rarement soutenues par des hommes comme Gerhard Wehle et Fritz Oerter. Les revendications pour la contraception ont été influencées par le mouvement des femmes avec Helene Stöcker proche des libertaires. De nombreux anarcho-syndicalistes ont été membres de la « Reichsverband für Geburtenregelung und Sexualhygiene » (Association impériale pour la limitation des naissances et l'hygiène sexuelle) du docteur Magnus Hirschfeld. Cette organisation a aussi défendu les homosexuels contre des persécutions d'Etat. Aimé Köster a rédigé un journal Die Schaffende Frau (La femme ouvrière) entre 1919 et 1925. Köster a préconisé la grève des naissances comme moyen d'empêcher les guerres. [21]

« L'Association Internationale des Travailleurs » (AIT) 1922, « L'Internationale des Résistants à la Guerre » (IRG) 1921, Clara Meijer-Wichmann et la « Commission Internationale Antimilitariste » (IAK)

A Moscou, Lénine a imposé la dictature du Parti communiste sur les syndicats internationaux. Entre le 25 décembre 1922 et le 2 janvier 1923 la FAUD a organisé un congrès à Berlin qui fondait l' »Internationale Arbeiter-Assoziation » (IAA ou AIT, Association Internationale des Travailleurs) pour maintenir l'indépendance des syndicats. Etaient présents les délégués de 16 organisations représentant 11 pays et quelque deux millions de membres. Les sécrétaires internationaux Augustin Souchy, Rudolf Rocker et Alexandre Shapiro ont été elus lors ce congrés. Ils ont publié ensuite le journal Die Internationale (L'Internationale).

En 1921, à Bilthoven aux Pays-Bas, fut fondée la « War Resisters International » (Internationale des Résistants à la Guerre) une Internationale antimilitariste. Pierre Ramus a fait une intervention pendant le congrès critiquant l'armée rouge en Russie et proposant la défense sociale de la révolution. L'une des fondatrices de l'IRG fut Clara Meijer-Wichmann (1885-1922), née à Hambourg, émigrée aux Pays-Bas où elle a épousée Johann Meijer, premier sécretaire de l'IRG. Elle était féministe et a critiqué le droit pénal d'un point de vue libertaire. Avec Henriette Roland-Holst, Bart De Ligt et d'autres militants elle a créé le mouvement antimilitariste libertaire hollandais. Elle exposé une philosophie de l'histoire, selon laquelle on peut mesurer le degré d'évolution d'une société en évaluant la situation d'égalité des femmes dans cette société et la capacité de cette société à résoudre les conflits sociaux par la non-violence. Pour améliorer les liens entre les deux Internationales a été créée l'« Internationale Antimilitaristische Kommission » (IAK, Commission Internationale Antimilitariste) avec les néerlandais Arthur Müller-Lehning et Albert De Jong.

En Allemagne était même apparue une section officielle de l' »International Workers of the World » (IWW, Ouvriers Industriels du Monde) dans un syndicat de marins. George Williams en était le délégué invité au congrès de la FAUD 1921 à Düsseldorf. [22]

La résistance contre les nazis, la DAS pendant la Révolution espagnole 1936-39

La situation de la FAUD était paradoxale. La menace national-socialiste a été perçue très tôt. Le coup d'Etat nazi de Kapp en 1920 a été empêché par le déclenchement de la grève générale. Mais après les débats autour de l'Armée rouge de la Ruhr, la FAUD avait perdu la capacité de conduire des grèves de masse. La FAUD n'avait plus que 4000 membres au début des années 1930. Pour une grève générale, il fallut demander la constitution d'un front commun aux partis social-démocrate et communiste. Cette alliance n'ayant pas abouti, les libertaires ont combattus les nazis de manière violente avec les « Schwarze Scharen » (Foules noires), une milice d'environ 500 membres. Elle affronta les nazis dans les rues jusqu'en 1933, date à laquelle ceux-ci prirent le pouvoir. La FAUD transféra clandestinement sa commission de gestion de Berlin à Leipzig. Les groupes anarcho-syndicalistes organisèrent des rencontres régionales, un réseau de résistance comprenant environ 600 militants. Ils ont essayé de réaliser des journaux clandestins, dont l'exemple le plus efficace fut Die soziale Revolution (La révolution sociale) entre 1933 et 1935 avec huit numéros et environ 200 exemplaires qui après lecture étaient rassemblés pour être diffusés dans un autre lieu. Les anarcho-syndicalistes en exil ont fondé en 1933-1934 le groupe « Deutsche Anarcho-syndikalisten » (DAS, Anarcho-syndicalistes allemands) avec un bureau à Amsterdam. En 1936, beaucoup de militants sont partis en Espagne pour participer à la Révolution. Le bureau de Barcelone comprenait une vingtaine d'entre eux comme Helmut Rüdiger, Augustin Souchy, mais aussi des intellectuels allemands comme le critique littéraire Carl Einstein, qui a participé à la colonne Durruti et a rendu hommage à Durruti sur sa tombe après sa mort. Les nazis, prenant connaissance des activités de la DAS, ont procédé en 1937 à des rafles en Allemagne et purent détruire le réseau de résistants anarcho-syndicalistes. [23]

Le regroupement libertaire après la deuxième guerre mondiale, la FFS, le livre de Rudolf Rocker

La suppression de l'Armée rouge de la Ruhr et la répression par les nazis ont complètement détruit l'anarcho-syndicalisme allemand. Après la deuxième Guerre mondiale, il était impossible pour les libertaires survivants et les militants de retour d'exil de le rétablir. Dans les années 1950 et 1960, on a vu quelques petits groupes comme le Groupe international de Bakounine, le Groupe Action directe anarchiste non-violent à Hanovre, ou bien un groupe à Mühlheim autour du vieux militant anarcho-syndicaliste Willy Huppertz. Celui-ci a publié de 1947 à 1978 le journal Befreiung (Libération) tirant jusqu'à 1500 exemplaires, mais il restait méfiant envers les jeunes étudiants libertaires d'après 1968.

L'organisation la plus importante fut la « Föderation Freiheitlicher Sozialisten » (FFS, Fédération des socialistes libres), fondée en 1947. En 1950, elle avait 150 membres répartis dans 30 groupes puis seulement quelques groupes jusqu'en 1959-1960. Il s'agissait d'un rassemblement de vieux militants de la FAUD des années 1920, aidés par Helmut Rüdiger en Suède et Rudolf Rocker à New York. Ils ont réussi à organiser la diffusion de l'ouvrage le plus important de Rudolf Rocker, Nationalismus und Kultur (Nationalisme et culture), paru en 1949 pour la première fois en langue allemande. On peut dire que ce livre fut le livre le plus important écrit par un libertaire en langue allemande. Rocker dit dans ce livre que dans toute l'histoire, les plus grandes créations culturelles ont eu lieu à des époques où il y avait un mélange de langues, de peuples et de nationalités, tandis que les phases de nationalisme rigide furent en même temps les époques les moins culturelles et les plus brutales de l'humanité. [24]

Rocker a aussi écrit une brochure de conseils pratiques pour les militants de la FFS, Zur Betrachtung der Lage in Deutschland (En considérant la situation en Allemagne). Il proposait aux libertaires de faire de la propagande pour le fédéralisme contre le centralisme. Il leur proposait aussi de participer aux élections municipales pour aider à la reconstruction du pays en montrant aux gens des exemples positifs, parce qu'ils souffraient de la faim et n'étaient pas interessés par les idées anarchistes après la guerre. Rocker a alors été attaqué par Willy Huppertz comme réformiste. Et la participation des libertaires aux élections municipales fut une échec. Les militants les plus important de la FFS furent Fritz Linow, qui a rédigé le journal Die freie Gesellschaft (La sociéte libre) avec 2000 exemplaires entre 1949 et 1953 et Gretel Leinau qui jouait le rôle de sécretaire coordinatrice entre les militants et les groupes. Les relations avec le Parti communiste furent conflictuelles à cause de l'expérience espagnole et parce que l'on avait appris le calvaire de Zenzl Mühsam, l'épouse d'Erich Mühsam, dans les camps de détention en Russie soviètique. En Allemagne de l'Est les libertaires ont choisi trois voies différentes : le premier, l'opposition ouverte, qui fut supprimée par les communistes du SED, comme Willi Jelinek, qui mourut dans la prison de Bautzen ; le deuxième, comme Rudolf Michaelis, qui fut membre du parti, mais voulait influencer les communistes par des idées libertaires – ce fut un échec et Michaelis avait dû écrire une thèse condamnant l'anarchisme ; et il y a eu des libertaires de la FAUD d'avant-guerre, qui sont devenus de vrais communistes sans regrets dans les rangs du SED après la deuxième Guerre mondiale, oubliant l'anarchisme de leur jeunesse. [25]

Le néo-anarchisme après 1968, le congrès du Kronstadt 1971 à Berlin, les groupes armés

Le mouvement étudiant des années 1968-1969 avait des pratiques anti-autoritaires, mais les idées et débats restaient marxistes la plupart du temps. Ainsi, le néo-anarchisme de langue allemande après 1968 a commencé avec la critique libertaire du marxisme, aussi bien de l'Ecole de Francfort que des communistes de conseils, et plus tard la critique des partis staliniens ou maoïstes. Rudi Dutschke (1940-1979), le militant le plus populaire, a introduit la tradition libertaire dans le mouvement progressiste, mais il restait marxiste. Daniel Cohn-Bendit, aprés son expulsion de France, a choisi avec Joschka Fischer un groupe spontanéiste, la « Revolutionärer Kampf » (Lutte révolutionnaire) à la manière operaiste italien (Lotta continua). Ce groupe ne put choisir entre le marxisme et l'anarchisme car il avait des pratiques autoritaires comme la surveillance par ses cadres de ses militants qui travaillaient en usine. En 1968-1969 on a réédité pour de nouveaux lecteurs des écrits libertaires comme L'histoire du mouvement makhnoviste d'Archinov, des critiques du bolchevisme par Rudolf Rocker ou Emma Goldman. Bernd et Karin Kramer ont fondé une maison d'édition libertaire, Karin Kramer Verlag, avec les revues Marxismus-Anarchismus (Marxisme– anarchisme) et Unter dem Pflaster liegt der Strand (Sous les pavés la plage). Les Kramer et d'autres ont organisé à 1971 à Berlin un colloque consacré aux événements de Kronstadt de 1921. Ils ont été les premiers à publier à nouveau des écrits libertaires. Ils ont été suivis par d'autres éditeurs libertaires : Büchse der Pandora, Libertad Verlag, Trotzdem Verlag, Edition Nautilus à Hamburg, Weber-Zucht à Kassel, Verlag Graswurzelrevolution, Klemm & Oelschläger à Ulm, Unrast Verlag.

Puis ont été publiées les critiques antimarxistes et écologistes de Murray Bookchin, les tracts anarcho-féministes de Carol Ehrlich et L'Anarchisme de Daniel Guérin. A Berlin des journaux très violents ont été publiés, montrant des anarchistes armés de bombes, comme Linkeck (Côté gauche) avec un tirage de 3000 à 8000 exemplaires (Karin et Bernd Kramer), Agit 883 de Peter Paul Zahl avec un tirage de 4000 à 7000 exemplaires, puis Fizz (1971) ; ces publications ont duré peu de temps. Des groupes situationnistes, les « Umherschweifende Haschrebellen » (Les Rebelles fumeurs de hachisch dérivants) ont fondé au début des années 1970 le groupe « Bewegung 2. Juni » (Mouvement du 2 Juin). Cette date rappelait le meurtre de l'étudiant Benno Ohnesorg le 2 juin 1967. C'était un groupe libertaire armé, qui faisait des braquages de banque et des enlèvements, dont le plus efficace fut celui du politicien chrétien-démocrate Peter Lorenz. Mais ils ont également tué l'indicateur Schmücker, action qui a terni leur réputation. Les militants du Mouvement du 2 juin avaient parfois coopéré avec la « Rote Armee Fraktion » (RAF, Fraction armée rouge), malgré le marxisme-léninisme explicite de la RAF et des écrits d'Ulrike Meinhof. Inge Viett du Mouvement du 2 juin a pris contact avec le gouvernement de la RDA à la fin des années 1970 pour en finir avec la vie clandestine et avoir une vie quotidienne normale en Allemagne de l'Est. Il y a eu un autre réseau armé pendant les années 1970 et 1980, les « Revolutionäre Zellen » (Cellules révolutionnaires), qui se situaient idéologiquement entre le Mouvement du 2 juin et la RAF. Les militants avaient une vie quotidienne normale, mais ils commettaient des attentats le soir ou pendant leurs vacances. En 1976 ils ont détourné un avion vers Mogadiscio en Somalie avec un commando palestinien. Là, les militants allemands ont séparé les passagers juifs israéliens des autres. Cette action a été fortement critiquée par les autres courants de la nouvelle gauche et des libertaires, parce qu'elle rappellait les sélections des juifs par les nazis pendant l'Holocauste. [26]

L'anarchisme contemporain : Graswurzelrevolution, FAU, Schwarzer Faden, Autonomes libertaires, Umweltblätter en RDA, Project A, Journées Libertaires à Frankfort 1987 et 1994

Parmi les mouvements sociaux des années 1970, 80 et 90 comme le mouvement feministe, ecologiste, le mouvement pour la paix, trois courants libertaires ont survécu jusqu'à nos jours et ont été capables de s'organiser et de créer une tradition. En 1972 on a vu la naissance du journal anarchiste non-violent Graswurzelrevolution (Révolution des racines d'herbe), inspiré entre autres par la revue de langue française Anarchisme et Non-violence parue entre 1964 et 1974 et les traditions de l'anarchisme non-violent de langue allemande. Les anarchistes non-violents ont créé des groupes pour l'action directe non-violente. Ils ont essayé d'influencer et de préparer des actions de masse lors de mouvements sociaux, avec des résultats considérables dans les actions contre les installations nucléaires de Wyhl, Marckolsheim et Fessenheim entre la Suisse, la France et l'Allemagne. Ils ont été actifs dans la création de la « Republik Freies Wendland »(République Wendland libre), une ville libertaire alternative de 1000 militants en mai 1980 sur un site nucléaire. Ils ont participé à des actions de désobéissance civile pendant le mouvement pour la paix dans les années 1980 ainsi qu'à des actions directes de sabotage de pylônes électriques pendant la lutte contre le surgénérateur de Wackersdorf en Bavière. Actuellement, ils pratiquent toujours l'action directe contre les transports de déchets nucléaires. Les anarchistes non-violents ont joué un rôle dans le fait que la part du nucléaire ne représente que 33% de l'énergie produite en Allemagne. Le journal est le seul mensuel libertaire en Allemagne aujourd'hui, avec un tirage d'environ 4000 exemplaires. Entre 1980 et 1997 on a vu aussi la création d'une organisation, la « Föderation Gewaltfreier Aktionsgruppen » (Fédération des groupes d'action directe non-violente) composée de 150 membres dans 20 groupes, avec des conseils de délégués tous les deux mois et une conférence par an. [27]

Après la courte renaissance de l'anarcho-syndicalisme en Espagne qui a suivi la mort de Franco en 1975, on a vu la fondation en 1977 d'une nouvelle organisation anarcho-syndicaliste, la « Freie Arbeiter/-innen-Union » (Association des ouvriers/ières libres) avec le journal bimestriel Direkte Aktion (Action directe) qui tire à 2000 exemplaires environ. Une fois par an il y a une conférence qui rassemble environ 100 militants. Elle a critiqué les syndicats unifiés sociaux-démocrates, mais n'est pas capable d'organiser des bourses du travail ou des fédérations d'industrie. L'action la plus efficace de la nouvelle FAU fut le boycott d'un café alternatif, résultat de l'exploitation d'ouvriers mexicains. Ce boycott a servi à montrer la solidarité de la FAU envers l'insurrection zapatiste du Chiapas.

En 1980 des libertaires ont fondé le journal Schwarzer Faden (Fil noir), un trimestriel culturel tirant à 3000 exemplaires environ. Pendant les années 1980 on a essayé de créer des forums libertaires, rassemblant tous les courants libertaires et mêmes des individus, mais ce fut un échec. Aujourd'hui deux fois par an il y a la petite rencontre d'un « Forum für libertäre Informationen » (FLI, Forum pour des informations libertaires), qui a coupé les liens avec la revueSchwarzer Faden. Le Trotzdem Verlag, associé avec la revue, est aujourd'hui devenue une coopérative. [28]

Le mouvement des Autonomes présent depuis 1975 en Allemagne est difficile à classer. Il tire incontestablement ses racines du mouvement italien d'autonomie ouvrière, entre le communisme des conseils et l'anarchisme. En Allemagne entre 1975 jusqu'à 1989, est parue une revue Autonomie, rédigée par Karl-Heinz Roth, qui est plus marxiste. Dans les années 1980 on pourrait partager les Autonomes entre Autonomes anti-impérialistes et marxistes (faisant des actions solidaires par exemple avec des partis marxistes comme le parti kurde de Öcalan) et des autonomes libertaires autour du journal Die Aktion (L'action) de Francfort tirant à 3000 exemplaires environ (faisant des actions solidaires avec les révoltes des banlieues de Los Angeles par exemple). Le problème des Autonomes était visible pendant les premières « Libertäre Tage » (Journées libertaires) rassemblant 3000 militants en 1987 pour un week-end à Francfort. Le week-end fut dominé par les débats des Autonomes se demandant s'ils devaient cesser leurs soutiens à la RAF – une question, qui avait été résolue par les autres courants libertaires depuis plus de dix ans. On a vu une impressionante rencontre des libertaires, les deuxièmes « Libertäre Tage » (Journées libertaires) avec encore 3000 militants en 1994 à Francfort. Au cours de ces Journées les différents courants libertaires ont pu exposer leurs problèmes, mais cette fois les Autonomes étaient peu représentés. Les débats avaient pour thème le faible degré d'organisation des libertaires en Allemagne et le manque de vieux militants. Certains considèrent le mouvement libertaire comme un mouvement de la jeunesse très fluctuant et incapable d'installer une tradition et une culture libertaires en Allemagne.

Le sociologue libertaire Bernd Drücke a fait des recherches sur la presse libertaire et a trouvé entre 1985 et 1995 21 revues et journaux en RDA et 475 revues et journaux en RFA, qui ont souvent eu une diffusion faible et régionale. Le militant Horst Stowasser a essayé de créer des projets alternatif et autogestionnaires dans plusieurs petites villes pour diffuser les idées libertaires (Projekt A), mais il a échoué aprés s'être installé avec 50 autres militants dans la petit ville de Neustadt. Des groupes autour du journal Umweltmagazin (Magazine pour l'environnement) en Allemagne de l'Est se sont opposé au régime pendant des années et ont contribué à la chute du Mur de Berlin. Aujourd'hui le mouvement libertaire de langue allemande reste vivant. Mais il est encore loin d'être un mouvement de masse comme au début des années 1920. [29]

Lou Marin


Notes

[1] Max Stirner : Der Einzige und sein Eigentum, 1844, Stuttgart 1972. Notice sur Max Stirner dans : Lexikon der Anarchie, ed. Hans Jürgen Degen, Bösdorf 1993.

[2] John Henry Mackay : Die Anarchisten, 1891, Leipzig 1992. Notice sur John Henry Mackay dans : Lexikon der Anarchie, ed. Hans Jürgen Degen, Bösdorf 1993.

[3] Wilhelm Marr est devenu plus tard l'un des premiers intellectuels antisémites, Wagner aussi ; Bernd Kramer : „Laßt uns die Schwerter ziehen, damit die Kette bricht...“ Michael Bakunin, Richard Wagner und andere während der Dresdner Mai-Revolution 1849, Berlin 1999.

[4] Was ist eigentlich Anarchie ?, Berlin 2000, S. 148.

[5] Bernd Drücke : Zwischen Schreibtisch und Straßenschlacht ? Anarchismus und libertäre Presse in Ost und Westdeutschland, Münster 1998, S. 78f. ; Was ist eigentlich Anarchie ?, Berlin 2000, S. 150 ; Ulrich Linse : Organisierter Anarchismus im Deutschen Kaiserreich von 1871, Berlin 1969, S. 120-128.

[6] Was ist eigentlich Anarchie ?, Berlin 2000, S. 150ff.

[7] Was ist eigentlich Anarchie ?, Berlin 2000, S. 152 ; Ulrich Linse : Organisierter Anarchismus im Deutschen Kaiserreich von 1871, Berlin 1969, S. 128-154.

[8] Was ist eigentlich Anarchie ?, Berlin 2000, S. 149, 153 ; Wolfgang Bock : „Terrorismus und politischer Anarchismus im Kaiserreich“, in Hans Diefenbacher (ed.), Anarchismus. Zur Geschichte und Idee der herrschaftsfreien Gesellschaft, Darmstadt 1996, S. 143-168.

[9] Josef Peukert : Erinnerungen eines Proletariers aus der revolutionären Arbeiterbewegung, 1913, Frankfurt 2002 ; Rudolf Rocker : Johann Most. Das Leben eines Rebellen, Berlin 1924.

[10] Horst Karasek (ed.) : 1886, Haymarket. Die deutschen Anarchisten von Chicago, Berlin 1975 ; Heinrich Nuhn : August Spies. Ein hessischer Sozialrevolutionär in Amerika, Kassel 1992.

[11] Ulrich Linse : Organisierter Anarchismus im Deutschen Kaiserreich von 1871, Berlin 1969, S. 275-301 ; Gustav Landauer : Aufruf zum Sozialismus, 1911, Wetzlar 1978 ; Gustav Landauer : Revolution, 1907, Berlin 1974 ; Was ist eigentlich Anarchie ?, Berlin 2000, S. 153f. ; notice sur Gustav Landauer dans : Lexikon der Anarchie, ed. Hans Jürgen Degen, Bösdorf 1993.

[12] Peter Wienand : Der ‚geborene' Rebell. Rudolf Rocker, Leben und Werk, Berlin 1981 ; Rudolf Rocker : Aus den Memoiren eines deutschen Anarchisten, Frankfurt 1974 ; Rudolf Rocker : Max Nettlau. Leben und Werk des Historikers vergessener sozialer Bewegungen, Berlin 1978. Notice sur Rudolf Rocker dans : Lexikon der Anarchie, ed. Hans Jürgen Degen, Bösdorf 1993.

[13] Ulrich Linse : Organisierter Anarchismus im Deutschen Kaiserreich von 1871, Berlin 1969.

[14] Wolfgang Sandfuchs : Dichter – Moralist – Anarchist. Die deutsche Tolstojkritik 1880-1900, Stuttgart 1995 ; Edith Hanke : Prophet des Unmodernen. Léo N. Tolstoï als Kulturkritiker in der deutschen Diskussion der Jahrhundertwende, Tübingen 1993 ; Richard Dove : Ernst Toller. Ein Leben in Deutschland, Göttingen 1993 ; Isaak Steinberg : Gewalt und Terror in der Revolution, 1931, Berlin 1981, 2. Aufl.

[15] Hermann Korte : Die Dadaisten, Reinbek 1994 ; Ulrich Faure : Im Knotenpunkt des Weltverkehrs. Herzfelde, Heartfield, Grosz und der Malik-Verlag 1916-1947, Berlin, 1992 ; Kurt Pinthus (ed.) : Menschheitsdämmerung. Ein Dokument des Expressionismus, 1920, Reinbek 1955 ; Erich Mühsam : Tagebücher 1910-1924, München 1994.

[16] Jean-Paul Musigny : La Révolution mise à mort par ses célébrateurs, même, Paris, 2001 ; Bernhard Grau : Kurt Eisner 1867-1919. Eine Biographie, München 2001.

[17] Michael Seligmann : Aufstand der Räte, Grafenau 1989, deux tomes. B. Traven/Ret Marut : Der Ziegelbrenner, Nachdruck, Zürich 1976.

[18] Hartmut Rübner : Freiheit und Brot. Die Freie Arbeiter-Union Deutschlands. Eine Studie zur Geschichte des Anarcho-syndikalismus, Berlin/Köln 1994 ; U. Klan, D. Nelles : ‚Es lebt noch eine Flamme.' Rheinische Anarcho-Syndikalisten/-innen in der Weimarer Republik und im Faschismus, Grafenau 1989 ; Angela Vogel : Der deutsche Anarcho-Syndikalismus. Genese und Theorie einer vergessenen Bewegung, Berlin, 1977 ; Hans Manfred Bock : Syndikalismus und Linkskommunismus von 1918-23. Ein Beitrag zur Sozial und Ideengeschichte der frühen Weimarer Republik, Darmstadt 1993.

[19] Sur les débats concernant l'armée rouge du Ruhr voir « Le coup d'État de Kapp et la grève générale. Débats sur l'anarchisme et la non-violence dans l'Allemagne des années 20 », Réfractions n° 5, printemps 2000, « Violence, contre-violence, non-violence anarchistes », p. 65-76. ; U. Klan, D. Nelles : ‚Es lebt noch eine Flamme.' Rheinische Anarcho-Syndikalisten/-innen in der Weimarer Republik und im Faschismus, Grafenau 1989 ; Ilse Schepperle : Pierre Ramus. Marxismuskritik und Sozialismuskonzeption, München 1988.

[20] Notice sur la FAUD dans : Lexikon der Anarchie, ed. Hans Jürgen Degen, Bösdorf 1993.

[21] Jenny d'Héricourt : „Zur Syndikalistischen Frauenbewegung 1918-1933“, dans : Wege des Ungehorsams. Jahrbuch für gewaltfreie & libertäre Aktion, Politik und Kultur I, Kassel 1984, S. 175-182.

[22] Hartmut Rübner : Freiheit und Brot. Die Freie Arbeiter-Union Deutschlands. Eine Studie zur Geschichte des Anarcho-syndikalismus, Berlin/Köln 1994, S. 114-123.

[23] Patrick von zur Mühlen : Spanien war ihre Hoffnung. Die deutsche Linke im Spanischen Bürgerkrieg 1936 bis 1939, Bonn 1985 ; Andreas G. Graf (ed.) : Anarchisten gegen Hitler. Anarchisten, Anarcho-Syndikalisten, Rätekommunisten in Widerstand und Exil, Berlin, 2001 ; Rudolf Berner : Die unsichtbare Front. Bericht über die illegale Arbeit in Deutschland (1937), Berlin/Köln 1997.

[24] Rudolf Rocker : Nationalismus und Kultur, 1937, 1949 publication en allemand, nouvelle édition allemande Münster 1999.

[25] Hans Jürgen Degen : Anarchismus in Deutschland 1945-1960. Die Föderation Freiheitlicher Sozialisten, Ulm, 2002 ; Günter Bartsch : Anarchismus in Deutschland, tome 1 : 1945-1965, Hannover 1972.

[26] Notice sur le néo-anarchisme, dans : Lexikon der Anarchie, ed. Hans Jürgen Degen, Bösdorf 1993 ; Gert Holzapfel : Vom schönen Traum der Anarchie. Zur Wiederaneignung und Neuformulierung des Anarchismus in der Neuen Linken, Berlin 1984.

[27] Bernd Drücke : « Histoire du journal Graswurzelrevolution », dans Réfractions, no. 5, printemps 2000, « Violence, contre-violence, non-violence anarchistes », p. 109-120.

[28] Pour l'histoire de la nouvelle FAU et le Schwarzer Faden voir Bernd Drücke : Zwischen Schreibtisch und Straßenschlacht ? Anarchismus und libertäre Presse in Ost- und Westdeutschland, Münster 1998.

[29] Bernd Drücke, voir note 28 ; Horst Stowasser : Freiheit pur. Die Idee der Anarchie, Geschichte und Zukunft, Frankfurt 1995.



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